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Qu’il parle !


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Chronique de Dominique Jamet...

A la juste colère des « gilets jaunes », à cette vague grossie de semaine en semaine, lame de fond, puis raz-de-marée et demain peut-être tsunami, à ce soulèvement spontané surgi de la France d’en bas et approuvé sinon rejoint par l’écrasante majorité des Français, Emmanuel Macron, dans un premier temps, n’a voulu et n’a su répondre que par un silence de plomb.

On reprochait déjà au président de la République, Jupiter autoproclamé, son contentement de lui-même, pour ne pas dire son infatuation, ses allures hautaines, ses propos condescendants, ses provocations délibérées, sa certitude affichée de savoir mieux que personne ce qui était bon pour tout le monde, fût-ce sans l’accord et contre le gré de ceux sur qui étaient censés ruisseler les effets de sa bienveillance et de son omniscience.

Après avoir superbement ignoré les conseils, les reproches et les suppliques qui montaient vers lui, après avoir fait fi des multiples avertissements que lui prodiguaient les instituts de sondage, à commencer par la chute accélérée de sa popularité, le chef de l’Etat a cru pouvoir affronter impunément ce qu’il tenait pour un simple mouvement d’humeur. Il n’a pas vu la protestation tourner à la fronde, puis à la jacquerie, puis à l’insurrection ou, s’il l’a vu, il a choisi de ne pas en tenir compte. Buté dans un orgueil puéril, lié par les engagements qu’il avait eu l’imprudence de prendre, il a oublié qu’il n’est ni stupide ni déshonorant ni « contre-productif » de reconnaître une erreur et de la corriger. A condition de le faire avant d’y être contraint.

L’annonce d’une hausse de la taxe sur les carburants – taxe est le mot convenu par lequel l’Etat pour désigne des impôts qui n’osent pas dire leur nom – a été la goutte d’essence qui a fait déborder le réservoir, et d’autant plus quand chacun a appris ou compris que ce nouveau prélèvement n’était que le premier d’une longue série à venir. Pourtant, il y a trois semaines, le président de la République et son Premier ministre pouvaient encore désamorcer la bombe à retardement qu’ils venaient de mettre au point. Encore eût-il fallu qu’ils eussent de la France profonde une connaissance qui leur fait cruellement défaut, qu’ils fussent au diapason du « pays réel ». Au lieu de quoi l’un et l’autre, prétendant qu’un gouvernement digne de ce nom ne recule pas devant la rue, ont traité la révolte naissante par le mépris et n’ont répliqué à l’humble demande des gueux que par une glaciale fin de non-recevoir. C’est ainsi qu’ils ont mis le feu aux poudres.

De lointains prédécesseurs de l’actuel chef de l’Etat ont réagi comme celui-ci à des révoltes comparables. Certains ont fait expier leur insolence aux manants rebelles, dans le sang. D’autres, au contraire, ont payé du leur le prix de leur obstination et de leur incompréhension du troupeau dont ils se disaient les paternels bergers. Question de rapport de forces. Une différence fondamentale qui semble échapper à ceux que rend fous leur élévation est que le monarque républicain ne doit son trône ni à la grâce de Dieu ni à l’hérédité mais aux suffrages et au consentement du peuple. C’est sa seule légitimité.

La surprenante victoire d’Emmanuel Macron, il y a dix-huit mois tient pour partie, comme on sait, au rejet de Marine Le Pen, pour partie aux promesses vagues et d’autant plus mirifiques que répandait le jeune Marcheur. Entré quasiment par effraction à l’Elysée, le successeur de François Hollande a paru oublier de qui il tenait son pouvoir et qui était le serviteur de qui. Le « nouveau monde » a d’emblée revêtu des aspects qui sentaient furieusement l’ancien régime et cette attitude louisquatorzienne, en notre siècle, est bien mal venue quand elle est le socle ou le paravent d’une politique à la Louis-Philippe, à la Thiers, à la Guizot, au service des plus favorisés, au détriment des plus malheureux.

Les premières mesures prises par Emmanuel Macron, son discours, la philosophie générale de sa politique lui avaient rapidement valu l’étiquette fâcheuse de « président des riches ». L’épisode en cours détériore encore son image en faisant de lui l’adversaire des pauvres, l’oppresseur de ceux qui, à ses yeux, ne sont rien du seul fait qu’ils n’ont rien, le technocrate insensible et cynique qui va chercher l’argent là où il n’est pas, au fond des poches trouées de ceux qui ont à peine de quoi vivre – ou survivre.

C’est, nous disent les malheureux défenseurs d’une politique indéfendable qu’en dépit de l’insupportable niveau de la dépense publique et des innombrables contributions imposées par les différentes collectivités territoriale, chacun, y compris les plus démunis, doit accepter les sacrifices que lui demande un Etat chroniquement désargenté et aujourd’hui exsangue.

Cette présentation des choses est mensongère. La vérité est que l’Etat, s’il racle avidement les fonds de tiroir du petit peuple, néglige les ressources que pourrait lui apporter une autre politique. S’il en est réduit à pressurer les « gilets jaunes », c’est qu’il ne se préoccupe pas de récupérer les dizaines de milliards que lui coûte, que nous coûte la fraude fiscale, c’est qu’il a allégé le fardeau des plus riches dans le vain espoir que ceux-ci contribuent au redressement de notre industrie, c’est qu’il se garde bien de toucher aux bénéfices des grandes multinationales que sont les GAFAM, c’est qu’il laisse les Etats-Unis nous imposer les contraintes qui leur conviennent et qui nous ruinent, c’est que les obligations qui résultent des traités européens, en nous privant de privent de la maîtrise de notre budget, nous interdisent la relance de notre économie.

Emmanuel Macron a fait le vide autour de lui. Il a balayé les partis politiques traditionnels, vermoulus et pourris, et nous ne pouvons que lui en donner acte. Mais c’était pour leur substituer un nouveau parti de godillots, En marche, en passe de devenir En marge. Il a achevé d’humilier et de rabaisser le Parlement. Il a déconsidéré et poussé sur le côté des syndicats déjà bien mal en point. En privant son gouvernement de toute autonomie, de toute marge de manœuvre, en confiant la gestion de la France à des novices, à des inconnus, à des béni-oui-oui, il a privé l’exécutif de toute autorité, de toute autonomie, de toute marge de manœuvre. Il a fait en sorte que tout remonte à lui et que tout émane de lui. Il a voulu rester seul en tête à tête avec le peuple. C’est chose faite, et l’on vérifie chaque jour qu’il n’y a plus de corps intermédiaire entre le souverain coupé du peuple et le peuple théoriquement souverain, mais que n’est pas Napoléon ou De Gaulle qui veut.
Alors que le tête-à-tête tourne au face à face, alors que naît une confrontation inédite entre la démocratie représentative, avec toutes ses faiblesses, et la démocratie directe, avec tous ses dangers, alors qu’entre la stabilité et l’anarchie il n’y a plus que les forces du maintien de l’ordre, alors que la France entière se tourne vers l’apprenti-sorcier qui a tant promis et tellement déçu, Emmanuel Macron ne peut plus se dérober aux responsabilités qu’il a briguées et qu’il a obtenues, il ne peut plus se confiner dans un silence incompatible avec notre temps et notre démocratie. Il est temps qu’il parle, et pas pour ne rien dire.

Qu’il parle donc ! Ou alors, qu’il parte !


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