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CE N’EST QU’UN DEBUT


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Chronique de Dominique Jamet...

Petit rappel historique : le 23 avril 2017, premier tour de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron recueillait 24% des suffrages exprimés. C’est dire que, bien qu’arrivé en tête du scrutin, il n’était le premier choix que d’un petit quart des votants qui, séduits par sa jeunesse, son audace, sa personnalité, ses discours et ses promesses, avaient vu en lui l’homme qui balaierait en même temps qu’un système sclérosé les vieux partis discrédités et ouvrirait à la France les portes d’un nouveau monde, meilleur, plus juste et plus « moderne ».

En revanche, les douze millions de voix supplémentaires qui, quinze jours plus tard, ouvrirent à l’enfant-prodige les portes de l’Elysée ne signifiaient nullement l’adhésion de ce renfort décisif à sa personne et moins encore à son programme, mais le rejet – et seulement le rejet - de Marine Le Pen. Il en fut de même lorsque les législatives du mois de juin, organisées dans la foulée de la présidentielle, conformément aux dispositions de la funeste réforme constitutionnelle voulue par Jacques Chirac et approuvée par Lionel Jospin, permirent au parti fondé six mois plus tôt par le nouveau chef de l’Etat, avec seulement 32% des exprimés et 15% des inscrits au premier tour, de disposer finalement d’une majorité plus que confortable au Parlement.

C’est dire que le socle électoral sur lequel, enivré de son triomphe, le vainqueur ne tarda pas à ériger sa propre statue en Jupiter très-bon très- grand, était singulièrement étroit. C’est à lui, et à personne d’autre, qu’il revenait d’élargir cette base de départ, et cela d’autant plus que son intention, inlassablement proclamée, était de rompre avec l’immobilisme que l’opinion et lui-même reprochaient à ses prédécesseurs.

Dix-huit mois plus tard, qu’en est-il ? 75% de la population condamnent la politique menée et annoncée par le président de la République, seul maître à bord de la nef gouvernementale. Emmanuel Macron, à ce stade de son mandat, est le président le plus impopulaire – et même le plus haï, hommage a contrario à son activisme frénétique – de la Ve République. Quant à la liste qui portera ses couleurs aux élections européennes de mai prochain, les différents sondages lui prédisaient, avant même le déclenchement de la crise actuelle, entre 18 et 23% des suffrages. Non seulement l’assise sur laquelle il pouvait compter ne s’est pas consolidée, mais elle s’est pour le moins effritée.

Dans ces conditions, M. Macron peut-il tenir le cap, poursuivre et même accélérer, « radicaliser », comme l’a dit le plus maladroit de ses ministres, la mise en œuvre de « réformes » qui constituent autant de régressions sur le plan social et n’ont eu à ce jour aucun effet positif sur le plan économique ?

Légalement, il le peut, et ses trois derniers prédécesseurs en ont fait la démonstration. M. Macron peut parfaitement perdre toutes les élections intermédiaires prévues d’ici 2022, sa majorité être mise en difficulté aux européennes, désavouée aux municipales, défaite aux sénatoriales, mise en déroute aux régionales, écrasée aux départementales, rien ne le contraint, théoriquement, à en tirer les conséquences. Quant à la coalition qui le soutient, forte des 60% de sièges qu’elle détient à l’Assemblée où les deux principales oppositions qui le combattent disposent respectivement de 4% des élus avec 14% et de 1% des élus avec 13% des suffrages, elle lui garantit en principe d’avoir les coudées franches pendant les trois ans et demi qui lui restent à courir.

Où s’ouvre et se joue une fois de plus dans notre histoire le vieux débat qui est aussi un vrai débat, entre légalité et légitimité. M. Macron est-il encore habilité à nourrir et à faire passer les grands projets qu’il couve et qui, pour trois quarts des Français, sont porteurs d’une société de plus en plus inégale et de plus en injuste, et d’une France amputée de ce qui lui reste d’indépendance économique, politique et nationale ? Est-ce cela, la démocratie ? Peut-on encore parler de démocratie, et l’exécutif est-il encore légitime lorsque la fracture entre la caste dirigeante et les classes dirigées se fait faille puis abîme, lorsque la distorsion s’accroît sans cesse entre le peuple et ceux qui sont censés le représenter ? Alors que le suffrage universel est réputé être la seule source de la souveraineté, est-il admissible que le peuple français, depuis maintenant près de vingt ans, ne soit autorisé à intervenir de façon décisive sur son propre destin qu’une fois tous les cinq ans ?
D’autres, en d’autres temps, un autre, notamment, qui, accusé d’être un dictateur, ne manqua jamais de consulter le peuple duquel il tenait son mandat et sa légitimité avant de prendre une grande décision ou de décider d’une nouvelle orientation, savaient utiliser les deux soupapes qui, prévues par la Constitution, offrent une respiration à la démocratie : la dissolution et le referendum. Refuser de recourir aux urnes lorsque la situation l’impose – et c’est clairement le cas aujourd’hui – c’est ne laisser au peuple d’autre choix que la rue.

C’est l’une des raisons pour lesquelles, en dépit des débordements et des excès auxquels elle a pu donner lieu, et que la propagande officielle exploite à plaisir, la colère sociale qu’exprime depuis le début de novembre la révolte des gilets jaunes a rencontré la sympathie et l’approbation d’une majorité de Français. Il en est de même de la revendication politique sur laquelle elle débouche à présent.

S’il persiste à écarter l’hypothèse de la dissolution et s’il envisage encore moins une démission, le « grand débat » qu’il s’est résigné à annoncer faute d’avoir pu l’éviter est la dernière chance que l’histoire offre au président Macron. A lui d’en saisir l’occasion pour renouer avec le peuple un lien qu’il a rompu autant par son comportement personnel, ses propos maladroits que par le contenu de sa politique.

Dût-il en souffrir dans son orgueil et être amené à des concessions qui répugnent à son caractère et sont contraires à sa pratique du pouvoir, le chef de l’Etat se tromperait s’il ne comprenait pas qu’il est désormais avec son bon peuple dans un rapport de force et de sentiment analogue avec celui que connut un de ses lointains prédécesseurs, confronté à d’autre cahiers de doléances et à des Etats-généraux. On ne peut à la fois inviter le peuple et ses divers représentants à s’asseoir autour de la table et prétendre lui interdire d’aborder certains sujets essentiels. On aurait tort de croire en haut lieu que les interlocuteurs que l’on a décidé, bien à contre-cœur, de recevoir, se laisseront leurrer et abuser par de belles paroles. Croire que ne pas répondre est la bonne réponse, c’est s’exposer à des répliques, voire à un séisme.

En somme, comme scandaient les manifestants il y a cinquante ans dans les rues de Paris, « ce n’est qu’un début ». Commençons le débat.


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