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« CEUX QUI NE SONT RIEN… »


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Chronique de Dominique Jamet...

A quelques jours du rendez-vous hebdomadaire que la plèbe soulevée donnait depuis quatre semaines au pouvoir, aux forces de l’ordre et aux chaînes d’information continue, et en tout cas avant que l’attentat terroriste de Strasbourg vînt introduire une diversion sanglante et opportune dans une actualité qui semblait ne plus tourner qu’autour des ronds-points occupés jour et nuit par les « gilets jaunes », c’est peu dire que le gouvernement était dans ses petits souliers.
Les concessions tardives obtenues sous la pression et jetées en pâture à la populace, comme des dragées du balcon d’un palais, par un président de la République qui faisait bien pâle figure suffiraient-elles à apaiser l’émeute ou l’encourageraient-elles au contraire à demander toujours plus ? Sur quel paysage le rideau de l’acte V allait-il se lever ? Verrait-on se renouveler, voire redoubler d’intensité, les scènes de désordre et de pillage qui avaient marqué le quatrième acte, épouvanté Bordeaux, effrayé Paris, choqué la France et mis le chef de l’Etat chaos ?

On sait ce qu’il en a été. L’imminence des fêtes de fin d’année, une perfide vaguelette de froid dont l’origine est probablement à chercher, comme tout le reste, du côté des services spéciaux russes, la crainte de voir les exactions des casseurs compromettre et souiller l’expression de justes colères, les avertissement venus de toutes parts, la lassitude et peut-être aussi la satisfaction d’avoir remporté la première manche, ont raréfié les rangs des manifestants et permis aux quelque 90.000 gendarmes, policiers et CRS mobilisés de contenir les assauts des 66207 « gilets jaunes » recensés par le ministre de l’Intérieur.

Où certains ont cru pouvoir pronostiquer le début d’un reflux. Renonçant à la prudence, pourtant mère de sûreté (nationale) dont il avait fait preuve ces jours derniers pour retrouver un ton d’arrogance typiquement macronien, le premier flic de Forcalquier, droit dans ses brodequins, et fort d’un triomphe sans gloire, a brandi son gros bâton et sommé les « gilets jaunes » de libérer dans les meilleurs délais les ronds-points. M. Castaner va un peu vite en besogne. Ce n’est pas parce que le pouvoir en place a remporté une bataille qu’il a gagné la guerre.

Car la guerre n’est pas terminée. Les causes de la révolte n’ont pas disparu comme par enchantement. Et la défiance pas davantage. Et moins encore la ligne de fracture qui, allant bien au-delà delà des classes les plus défavorisées, sépare la majeure partie des Français de leur classe dirigeante.

Prenant conscience de la force et de l’ampleur de la marée qui montait contre lui, de la désapprobation, de la contestation, voire de la véritable haine dont il est l’objet, cristallisant, souvent jusqu’à l’excès, le ressentiment qu’ont accumulé dans le peuple ses trois prédécesseurs, Emmanuel Macron a lâché du lest. Mais nul n’ignore que la main qu’il a finalement tendue aux « gilets jaunes » n’est pas la main secourable d’un sauveteur qui, bien au sec, du haut du quai, lancerait une bouée à des naufragés, mais plutôt la main implorante d’un nageur téméraire pris dans les remous et les tourbillons du fleuve où il s’est imprudemment jeté.

Les cahiers de doléances qui vont être mis à la disposition des citoyens dans toutes les mairies de France et la convocation improvisée de ces Etats généraux de la consultation et de la concertation dont on voudrait nous faire croire qu’il y a beaucoup à attendre, résonnent comme un écho caricatural des premiers épisodes de la grande Révolution française. Certes, nous ne sommes pas encore en 1791, après la fuite à Varennes, lorsque les Français, dans leur majorité, étaient acquis à la destitution d’un monarque parjure mais nous ne sommes plus en 1789, quand le bon peuple croyait aux miracles que ferait pleuvoir sur lui son bon roi.

Les institutions dont les Français se sont dotés en 1958 ont fait à maintes reprises la preuve de leur solidité. Encore faudrait-il que l’Etat s’incarne dans un homme qui ne se contenterait pas d’en respecter la lettre mais qui serait fidèle à leur esprit.
Emmanuel Macron, élu au second tour de l’élection présidentielle, ne l’a été ni sur sa personne ni sur son programme mais essentiellement sur le rejet de son adversaire. Toutes les indications données par les sondages concordent aujourd’hui : le président de la République n’est plus soutenu, comme lors du premier tour, que par un quart des Français. Parallèlement la majorité parlementaire massive qui a été élue dans son sillage, conglomérat inorganisé d’inconnus, de novices et de transfuges, n’est soutenue désormais que par un cinquième des électeurs. Le mandat qu’ont obtenu simultanément le chef de l’Etat et ses « marcheurs » court encore sur trois ans et demi. Si la légalité de l’exécutif et du législatif est hors de question, leur illégitimité croissante ne fait pas de doute.

Dans une telle conjoncture, le général de Gaulle demanderait évidemment au peuple tout entier, comme il le fit à six reprises, soit de lui refuser soit de lui confirmer le soutien qui seul fonderait en légitimité la suite de son action. Ce qui signifie en clair qu’il recourrait au referendum ou dissoudrait l’Assemblée nationale. M. Macron, tout comme ses trois prédécesseurs, se dérobe devant cette dangereuse épreuve de vérité, et la funeste simultanéité des élections présidentielle et législatives le lui permet. D’où ce paradoxe que nous sommes dans une démocratie représentative dont les représentants officiels s’accommodent fort bien de ne pas être représentatifs du peuple réel. De là que ce peuple ne voit d’issue que dans les fallacieuses utopies de la démocratie directe et du mandat révocatoire. De là que les élections européennes à venir joueront le rôle d’un referendum de substitution, dont nos gouvernants, s’ils le peuvent, se garderont bien de tenir compte…

Si beaucoup aujourd’hui s’en prennent à notre démocratie parlementaire, ils se trompent de cible. Ce ne sont pas les principes sur lesquels celle-ci se fonde qui ont failli, mais bien les dérives ou la violation de ces principes.

Les beaux esprits se gaussent de l’incohérence et des contradictions des « gilets jaunes », effectivement incapables à ce jour de se mettre d’accord sur des structures, un projet, un parti. Si nos élites étaient aussi attachées à la République qu’elles prétendent l’être, elles devraient plutôt se réjouir de voir des millions de nos compatriotes qui s’étaient progressivement retirés de la communauté nationale, dont ils se sentaient exclus, pour se réfugier dans l’abstention, le bougonnement, le désespoir, réintégrer la vie sociale, intellectuelle, politique, faire leur rentrée dans une société à laquelle ils pouvaient douter d’appartenir. Il y a là, avec toutes les maladresses, les tâtonnements, les dévoiements que l’on voudra, un phénomène largement positif.

De quoi rêvent finalement ces modestes porteurs d’une nouvelle espérance ? D’une République où une répartition plus juste de l’argent leur assurerait un niveau de vie décent. D’une démocratie dont le fonctionnement garantirait la juste représentation de toutes les opinions. D’une société où ils seraient pris en considération.

Parmi les nombreux propos malencontreux qui ont précipité Emmanuel Macron dans les abîmes de l’impopularité, le pire est sans doute la négation publique, un jour, dans un hall de gare, de « tous ces gens « qui ne sont rien ». Pas « qui n’ont rien ». Pas « qui ne font rien ». « Qui ne sont rien. » Comme leurs ancêtres du Tiers Etat, tels que l’abbé Sieyès définissait leur condition, les « gilets jaunes » demandent seulement à être « quelque chose ».


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